The Police s'était vite imposé dès son premier album, Outlandos d'Amour (déjà chroniqué en ces lignes) et avait enfoncé le clou avec le second, Regatta de blanc. Il faut bien reconnaître que quand sur ses albums des titres comme Roxanne, So lonely, Message in the bottle ou Walking on the moon, impossible de ne pas connaître le succès, on est bien d'accord. Inutile de préciser que le troisième opus du combo britannique était attendu au tournant, et à juste titre. Ce Zenyatta Mondatta, paru en 1980, allait confirmer que le groupe savait écrire des titres accrocheurs à souhait, mais qu'il s'était enfermé dans une certaine routine.Des titres calibrés pour le succès, cet album en contient, bien évidemment. Sting n'a pas perdu la main et Don't stand so close to me ou De do do do, de da da da prouvent, si ce n'était pas encore fait, que le groupe est au sommet de son art. Le mélange rock/funk/jazz/reggae que seul The Police savait créer est toujours savamment élaboré, mais on sent une certaine lassitude.
En effet, certains titres manquent de saveur et donnent l'impression d'avoir été écrits à la va-vite. Je pense entre autres à Man in a suitcase ou Canary in a coalmine, vraiment moyens et qui puent la redite à plein nez. Ce sont les seuls véritables ratés de cet album, mais ils laissent facilement deviner l'ambiance qui régnait au sein du groupe en ce début de décennie: l'euphorie en raison du succès des albums précédents, et les premières tensions, celles qui allaient un jour avoir la peau de ce groupe génial.
Les autres titres? Rien de foncièrement mauvais, c'est même plutôt agréable à écouter, idéal pour vos soirées d'été entre amis. Je pense notamment à Driven to tears, Bombs away, Behind my camel ou Voices in my head. Cela s'écoute sans problème et cela peut plaire à l'individu lambda. Le trio fait preuve d'inventivité et, l'air de rien, d'une technique impressionnante. Sting, Andy Summers et Stewart Copeland ne sont pas des manchots, on le savait déjà, mais le groupe a essayé sur cet opus de créer des atmosphères et d'être moins brut de décoffrage.
C'est juste dommage que cette tentative d'évolution n'ait pas entièrement abouti, car le résultat aurait pu être grandiose. On sent que le groupe est le dépositaire d'une formule bien rodée et qu'ils ont hésité à franchir le pas et à essayer autre chose. Une hésitation qui a rendu Zenyatta Mondatta légèrement moins bons que ces deux illustres prédécesseurs.
Heureusement que Sting et ses acolytes allaient vite se reprendre et oser franchir un cap avec leur album suivant, Ghost in the machine. Le groupe allait enfin se décider à changer son orientation musicale, pour un résultat particulièrement convaincant.
Ce Zenyatta Mondatta n'est pas un grand album, juste un bon album, de la part d'un groupe brillant. Une légère baisse de régime qui n'altère en rien la qualité globale de cet album, un album éminemment sympathique à redécouvrir qui ne vous décevra pas mais ne vous surprendra pas non plus.

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