
En ce début de décennie, le grunge régnait en maître: le metal, malgré ses fidèles, en avait pris un sacré coup dans l'aile. Il était devenu difficile d'échapper à Nirvana, Pearl Jam et Soundgarden. Puis, en 1992, surgit de nulle part Rage against the machine, qui a pris son petit monde par surprise. Quelle baffe, mes enfants!
Pourtant, le moins que l'on puisse dire, c'est que RATM dénotait avec le reste du monde musical. Un metal très technique au chant rappé, avec des paroles revendicatrices (par rapport à celles de Nirvana, y'a pas photo!) des riffs percutants et une approche de la guitare totalement novatrice: tous les ingrédients pour pouvoir bouleverser le monde musical étaient bien présents.
Si en plus la qualité des titres suit, le groupe américain avait tout pour réussir. Et ce fut le cas: ce disque de 10 titres peut, à une ou deux exceptions près faire office de best-of.
Des titres géniaux, ce disque n'en manque pas: visez un peu ce que l'on y retrouve: Bombtrack, en titre d'ouverture, montre un groupe qui a envie d'en découdre, Killing in the name et ses paroles censurées enfoncent le clou, Bullet in the head et son final hurlé par le chanteur Zack de la Rocha nous met à genoux, Know your enemy nous fait entendre des sons inédits pour une guitare et ne fait pas baisser l'intensité d'un iota, Wake up (repris plus tard dans la B.O. du film à succès Matrix) nous incite encore une fois à ne pas baisser la garde, Freedom nous achève. Si après ça, on n'a pas la rage contre le système, c'est à ne plus y comprendre.
Heureusement que l'on a des titres pour souffler un peu, tels Take the power back et Settle for nothing, irréprochables eux aussi. Tout n'est cependant pas parfait: des titres comme Fistul of steel et Township rebellion représentent les points faibles de cet album, car trop peu digestes.
Pour un premier album, RATM avait frappé très fort: des compositions excellentes, une production à la hauteur qui n'a pas pris une ride près de 20 ans plus tard (mince, déjà 20 ans, j'ai l'impression que c'était hier!!!) et surtout un groupe en pleine forme: le chanteur Zack de la Rocha et le guitariste Tom Morello (futur Audioslave), le bassiste Tim Commerford et le batteur Brad Wilk sont irréprochables de bout en bout: leur association, tant qu'elle durera, fera des ravages sur toutes les scènes du monde.
Leur activisme politique leur jouera des tours dans le futur, mais le groupe saura en jouer en refusant de s'intégrer totalement dans le music system. D'ailleurs, avec de telles paroles (qui prouvent au passage qu'on peut faire du rap-metal avec des paroles intelligentes, n'est-ce pas Limp Bizkit?), il aurait idiot de leur part de rentrer bien sagement dans le rang.
Ce premier opus fait partie de ceux qui ont bercé mon adolescence. Je peux vous dire qu'avec beaucoup de son, ça fait bien chier les parents! J'ai donc une sympathie toute particulière pour ce disque et je n'aurais peut-être pas toute l'objectivité requise. Mais je peux le dire avec une grande confiance: vous pouvez y aller, c'est du tout bon, et je ne pense pas que je trouverai beaucoup de metalleux qui me contrediront lorsque j'affirmerai que cet album est l'un des tout meilleurs parus au cours des 90's.
Un exploit que malheureusement le groupe n'arrivera pas à réitérer, malgré quelques bonne prouesses. Ce qui rend cet album encore plus indispensable.



