lundi 1 août 2011

Repos pour les braves!


Comme vous pourrez le remarquer, il n'y aura pas de chroniques en août. Une pause salutaire qui me permettra de me ressourcer et de vous proposer de nouvelles chroniques dès septembre. Ce ne sont pas les idées qui manquent!

Bonnes vacances à toutes et tous!

mercredi 27 juillet 2011

Uriah Heep - Firefly


Encore un album de Uriah Heep! Oui, ce groupe génial a eu une histoire tellement mouvementée, des line-ups tellement instables, qu'il est vraiment intéressant d'en étudier toutes les facettes. Cette fois, on va se pencher non pas sur la période Peter Goalby ou sur celle, plus mythique, où David Byron officiait en tant que vocaliste.
Firefly, publié en 1977, était le premier album enregistré avec le chanteur John Lawton, un illustre inconnu, du moins à l'époque.Et pour une première, il faut bien reconnaître qu'il a fait plus que bien assurer.

Imaginez donc remplacer un chanteur brillant dans un groupe au faîte de sa gloire, être en concurrence pour remplacer ledit chanteur par des professionnels confirmés tels David Coverdale, entre autres. Fallait avoir une sacrée paire de cojones pour ne pas être mort de trouille.Et John Lawton l'a fait, sans sourciller. Et bien en plus, car on ne devine pas à l'écoute de Firefly qu'il faisait ses premiers pas en tant que frontman du Heep.

Du point de la musique: on reste en terrain connu, ce n'est pas là que se trouve les nouveautés. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit de redite, mais on a bien du mal à trouver des éléments qui prendraient l'auditeur par surprise. Ceci étant, des titres comme Been away too long, Wise man, The hanging man ou Do you know sont de fort bonne facture. Normal, on est habitué et on n'en attendait pas moins de Mick Box et de sa bande. Difficile effectivement de retrouver à redire: tous les éléments qui ont fait la gloire du groupe sont là. Le chant de Lawton, certes moins épique que celui de son prédécesseur, ne souffre d'aucun reproche, le talent de songwriter de Ken Hensley est intact, le guitariste Mick Box assure grave (réécoutez le solo de Been away too long, vous me comprendrez), la production, aux petits oignons, n'a pas trop non plus subi les outrages du temps.

Bon, on peut chipoter sur quelques titres un plus faibles: Who needs me, signé par le batteur Lee Kerslake (futur Ozzy Osbourne) souffre sans doute de succéder au génial Been away too long, Rollin' on et Sympathy ne sont pas mal mais restent foncièrement dispensables. Le bouquet final, Firefly, ne démérite pas non plus, mais il a par moments du mal à décoller. Rien de mauvais là-dedans, beaucoup de groupes moyens s'en seraient contentés, mais là, il manque un je-ne-sais-quoi qui fait toute la différence avec des titres comme The magician's birthday ou Salisbury, pour ne citer que ces deux titres-là.

Sans atteindre les sommets, Firefly n'en demeure pas moins un bon album, interprété par des musiciens doués et compétents qui n'ont plus grand chose à prouver, si ce n'est qu'ils pouvaient continuer avec un autre chanteur que David Byron. Beaucoup d'observateurs en ont été pour leurs frais, car John Lawton délivre ici une prestation de premier choix. Un bon chanteur sur lequel il fallait compter, d'autant plus qu'il était nettement moins problématique à gérer que Byron et ses soucis d'alcoolisme. Le seul reproche qu'on puisse faire, c'est éventuellement un manque d'innovation, mais cela est largement insuffisant pour faire baisser la qualité intrinsèque de ce disque.

Malheureusement, la qualité ne sera plus forcément au rendez-vous pendant un moment, en raison des changements incessants de personnels et des traditionnelles frictions et divergences musicales. C'est pourquoi il convient de profiter d'un disque où l'on sent que ses géniteurs ont pris du plaisir à l'écrire.

mercredi 13 juillet 2011

Vulcain - Big Brothers


Desperados, sorti en 1985,m'avait laissé une bonne impression. Sans être original, Vulcain savait être efficace et avait à ce titre rien à envier à ses maîtres à penser, Motorhead. Déjà pas mal pour un groupe français. A l'époque, à part Trust, pas grand-chose de folichon sur la planète rock française (même si Blasphème ou Satan Jokers essayaient de surnager sans grand succès). Big brothers, publié en 1986, se devait de confirmer que Desperados n'était pas qu'un coup de chance. Pari à moitié réussi.

Rien qu'à la pochette, on pouvait se douter que quelque chose allait clocher. La pochette, bien ancrée dans les années 80, montrait le groupe avec des personnes masquées singeant Mitterrand, Reagan, Thatcher et Gorbatchev. Mouais, ça le fait moyen, ce type de pochette au style bien franco-français. J'ai eu peur d'avoir une leçon de géopolitique, mais le groupe n'aborde pas trop ce type de sujet (sauf sur Khadafi et Le $oviet suprême.

Dès les premières notes, on comprend que la production, signée Elie Banali, a été calibrée pour tenter de séduire un public plus large. On ne peut pas dire que la musique du groupe s'est ramollie, mais il est clair que l'on a tenté d'ôter les aspérités qui faisaient le charme des albums précédents.

On trouve ici de tout: des titres mid tempo vraiment intéressants tels Khadafi, Le $oviet suprême, Faire du rock ou 22, du très bon hard survitaminé que n'aurait certainement pas renié Motorhead, avec Les plaisirs solitaires et Grand prix. Excellents en tous points, ces titres auraient mérité de faire de Vulcain un plus grand groupe qu'il ne l'a été et en faire l'équivalent de Trust. Les musiciens du groupe avaient en tous cas le potentiel, que ce soit au niveau de la technique musicale (Daniel Puzio est un fin guitariste, Marc Varez, lorsqu'il se décide à utiliser la double pédale, donne un gros coup de boost à l'ensemble, et il n'a absolument rien à envier aux plus grands batteurs de hard rock).

Là où je coince plus, c'est sur les bluesy Drôles de jeux (passe encore) mais surtout sur le trop long Jeudi 19 juin, qui traite de la mort de Coluche (un thème bien franco-français, même si j'apprécie l'humoriste génial qu'il était). Mais là où je ne comprends pas du tout où le groupe a voulu en venir, c'est avec la reprise de On nous cache tout on nous dit rien de Jacques Dutronc (rien à voir Dutroux, je vous vois venir!) et avec la paillarde Marylou, où le groupe sort même les banjos. Qu'est-ce que ça vient foutre ici? Je ne vois vraiment pas l'intérêt, si ce n'est faire passer le groupe pour des bons gros franchouillards enclins à la déconne. C'est le genre d'image qui suivra à la trace nombre de groupes français qui leur succèderont...

Alors que je n'avais pas (ou peu) trouvé de moment faible sur Desperados, Big brothers, de par sa volonté de fédérer un public rock plus large, se perd en route. Heureusement que plus de la moitié de l'album tienne la route, sinon, c'eût été un gâchis monumental.

Le leader de Sodom, Tom Angelripper, déclarait récemment à la presse qu'il était un grand fan de Vulcain. Etant donné la passion de celui-ci pour Motorhead, il était évident que Vulcain ne pouvait que lui plaire. Cantonner Vulcain à un rôle de clone de Motorhead serait toutefois réducteur: malgré les tentatives foireuses de se diversifier, Vulcain a sa propre personnalité et à eu au moins le mérite de se faire un nom alors que nombre de groupes français galéraient pour un succès bien inférieur. Vulcain est injustement tombé par la suite dans l'oubli mais je vous conseille vivement d'y poser une oreille, vous pourriez être bien surpris de voir ce que peuvent faire des musiciens rock français quand ils se décident de se bouger.

mercredi 6 juillet 2011

Santana - Moonflower


Cela faisait un bon moment que je n'avais plus évoqué en ces lignes ce bon vieux Carlos Santana. Etant donné que nous nous trouvons en période estivale, le moment est bien choisi pour corriger le tir. Avec sa fusion de rock, de rythmes latino, de jazz, de funk, Santana avait su s'attirer la sympathie des foules, à juste titre d'ailleurs. Santana (le groupe) a effectivement pondu d'excellents albums au cours des 70's, tels Caravanserai ou Abraxas. Mais ce Moonflower paru en 1977, peut-être un peu moins connu que ses prédécesseurs, recèle de petites pépites qui font de lui un incontournable dans la discographie de Santana.

Ce disque a d'ailleurs un concept pour le moins curieux: mélanger titres inédits studio et titres enregistrés en public. L'idée qui semblait à l'époque quelque peu farfelue s'est avérée très intéressante. A vrai dire, l'enchaînement a été parfaitement réalisé et cela ne choque aucunement l'oreille.

Il faut bien dire aussi que la qualité des titres, de haute volée, aide à la bonne mise en place du concept. Les titres live, enregistrés entre 1976 et 1977 à Munich, Colmar, Paris et Londres montrent un groupe au sommet de son art. La prise de son est parfaite: le son est cristallin, pur, ce qui ne gâche rien. On profite bien sûr des grands classiques du groupe: Carnaval, Black magic woman, Europa, Soul sacrifice, déjà excellents en studio, s'avèrent littéralement impériaux lorsqu'ils sont interprétés devant un public. Et Carlos Santana, dont le touché de guitare est unique, s'impose avec facilité comme maître de cérémonie, le tout devant une audience quasi-conquise d'avance. Le seul point noir, c'est la présence de Head, Hands and feet, un solo de batterie: autant dire un exercice qui n'apporte rien, si ce n'est de l'ennui. Vite, on zappe!

Concernant les inédits, là aussi, pas grand-chose à redire: il y en a pour tous les goûts: du funk avec Zulu, des rythmes latino avec Flor d'luna, du bon vieux rock sauce Santana avec la reprise de She's not there (des Zombies, groupe de rock anglais des 60's), tous les citer ne servirait finalement à rien car il n'y a pas vraiment à redire: le père Santana ne se fiche pas de nous: les titres sont toujours aussi bons, variés et efficaces. Une bonne incitation à boire des verres de mescal, en regardant le soleil couchant, quelque part sur une plage d'Acapulco ou de Veracruz. C'est cela la force de la musique de Santana, réussir à faire voyager l'auditeur sans que celui-ci n'ait à bouger son cul de son canapé!

Carlos Santana a en plus la chance d'être bien entouré: il faut bien reconnaître que sans des musiciens aussi talentueux que Greg Walker (chant), Graham Lear (batterie), Tom Coster (claviers) ou David Margen (basse), jamais il n'aurait pu faire aussi bien. Ils méritaient bien d'être cités, eux qui ont toujours été en retrait par rapport à leur leader Carlos Santana.

Ce millésime 1977 était incontestablement un grand cru pour Santana, moins coté que ses illustres prédécesseurs, mais il n'y a franchement aucune raison à cela. Je préfère par exemple de très loin ce Moonflower que des albums tels que Amigos (1976) ou Borboletta (1974). Avoir mélangé des titres live à des titres studio a rendu l'ensemble plus dynamique et il n'y a plus de temps mort.

Moonflower prouve encore une fois que lorsque le rock ose s'acoquiner avec d'autres styles, et que cela est fait avec talent, le résultat peut s'avérer tout simplement excellent. Du grand art, à déguster sans modération!

mercredi 29 juin 2011

Dream Theater - Falling into infinity


Dream Theater a longtemps souffert de ma méfiance. Que l'on s'entende bien, j'aime la technique et les musiciens brillants. Mais j'ai toujours éprouvé un certain désintérêt pour ceux qui pensent que la technique est non pas un moyen mais une fin. Et quel autre sous-genre du metal que le progressif tombe régulièrement dans ce travers?
Dream Theater, fier représentant du genre, a fini par me faire succomber. Mais il m'en a fallu du temps pour commencer à apprécier. Et même encore maintenant, je reste assez sélectif parmi les albums du groupe américain. Parmi ceux-ci, Falling into infinity, publié en 1997, est celui qui a le plus facilement su me captiver.

Pourquoi pas un autre? Même s'il reste assez technique, on sent que le groupe (ou peut-être la maison de disques, allez savoir) a eu une tendance à simplifier le propos (oui, tout est relatif, ce n'est pas du neo metal non plus!) et ce n'est pas un mal. D'ailleurs, on remarque la présence d'un titre co-écrit par Desmond Child, un faiseur de tubes à qui nombre d'artistes américains ont eu recours. Les titres proposés sont relativement longs, mais ils défilent rapidement: pas trop le temps de s'ennuyer, contrairement à des albums comme Images and words ou Six degrees of inner turbulence qui sont trop peu digestes.

Mais pour une fois, simplifier le propos ne signifie pas sombrer dans la médiocrité. Il faut bien dire qu'avec cinq musiciens aussi brillants, ça serait malheureux. Tout juste peut-on trouver quelques reproches à faire à l'égard du claviériste Derek Sherinian, alors récemment recruté par Dream Theater. On a la très nette impression qu'il n'est pas parfaitement intégré au groupe: ses interventions donnent parfois la sensation de tomber comme un cheveu sur la soupe.

Pour le reste,difficile de cracher sur ladite soupe, car le tout est parfaitement interprété. L'introduction de New millenium laisse rapidement comprendre que la technique n'a pas pris ses jambes à son cou, You not me est concentré de metal heavy de chez heavy, tout comme Peruvian skies (un classique de DT) l'instrumental Hell's Kitchen ou le plombé Just let me breathe (qui fait parfois penser à Deep Purple, gràace aux claviers de Sherinian). L'émotion est aussi au rendez-vous, que ce soit avec le triste mais splendide Take away my pain (un titre qui traite du décès du père du guitariste John Petrucci, ceci expliquant cela) ou avec le mélancolique bouquet final en trois actes, Trial of tears.

Falling into infinity a pour lui le mérite d'avoir une approche plus variée, ce qui lui a permis de casser son image de groupe de musiciens surdoués proposant une musique pour musiciens surdoués, ce qui était plutôt gavant. Malheureusement, le Théâtre des rêves n'a pas réussi à conquérir un public beaucoup plus large que celui composé par ses fans habituels, et c'est bien dommage car il aurait pu, avec une meilleure promotion sans doute, conquérir un nouveau public. Falling into infinity est en tous cas un album majeur dans la carrière de Dream Theater, même si les puristes diront le contraire, et il mérite amplement votre attention.

mercredi 8 juin 2011

Deep Purple - Last concert in Japan


Pour nombre de fans de l'époque, le Deep Purple Mk IV était loin de faire l'unanimité. Il était quasiment inconcevable que Ritchie Blackmore ne puisse plus en faire partie, et surtout que l'on puisse avoir l'idée de la remplacer. Aurait-on pu imaginer un remplaçant pour Jimmy Page dans Led Zeppelin si celui-ci avait quitté le groupe? Et que dire de la nouvelle orientation musicale prise par Deep Purple? Bref, les fans pouvaient avoir de longues discussions sur le sujet.
En ce qui me concerne, les prestations du jeune Tommy Bolin n'avaient rien de honteux, bien au contraire. Come taste the band (déjà chroniqué en ces lignes) est un excellent album malheureusement trop sous-estimé. Bolin est trop différent de Blackmore? Certes, et ce n'est pas un mal: il aurait été bien dommage se contenter d'un clone de l'irascible Ritchie.
Le live n'était pas vraiment le point fort de la nouvelle formation, non pas par manque de talent, mais principalement pour d'autres raisons, telles que les problèmes de drogue de Bolin et du bassiste Glenn Hughes, mais aussi la lassitude qui se ressentait au fur et à mesure de la tournée Come taste the band.
Last concert in Japan enregistré en 1975 mais publié que deux ans plus tard, est un extrait des difficultés qui émaillèrent le groupe jusqu'à son implosion.

Il faut dire que le moment était particulièrement mal choisi pour enregistrer un album en public. Le label japonais, qui était à l'origine du mythique Made in Japan, a sans doute fait pression sur le groupe dans le but de renouveler la bonne performance en termes de chiffres de ventes. Mais ce qui ne pouvait pas être prévu, c'est que le groupe venait de sortir de deux concerts en Indonésie qui ont été tout bonnement atroces (promoteur véreux, double billetterie, un roadie assassiné, Hughes un moment soupçonné de ce meurtre, intimidation de la police locale, paiement d'un bakchich pour sortir de cet enfer), sans compter que Bolin s'était littéralement bousillé le bras en se faisant une injection d'héroïne. Bolin était tellement mal en point que Jon Lord s'est arrangé pour reprendre à l'orgue certaines parties jouées normalement par Bolin afin que les trous dans le son du Purple ne s'entendent pas trop.

Il était évident que les meilleures conditions n'étaient pas réunies pour rééditer les prouesses du Made in Japan. Le concert enregistré n'est sans doute pas le meilleur du Mk IV, je le concède, mais on ne peut pas dire qu'il soit aussi mauvais que l'on a bien pu le dire par la suite. Le groupe, composé de musiciens particulièrement expérimentés, a su assurer une prestation digne de leur statut malgré un contexte défavorable.

Le groupe a interprété à cette occasion plusieurs titres de Come taste the band et il faut bien reconnaitre que ceux-ci ont facilement passé le cap de la scène. Love child, funky à souhait, est un titre chaud comme la braise et cette sensation est renforcée par le chant de David Coverdale, séducteur en diable. Le mélancolique You keep on moving et le groovy Lady luck n'ont rien à envier aux classiques que sont Burn, Stormbringer, Highway star ou l'inévitable Smoke on the water. Même le titre solo de Bolin, Wild dogs, s'intègre parfaitement dans un concert qui, il faut bien le dire, aurait pu tourner à la débâcle générale.

Glenn Hughes a affirmé des années plus tard que ce disque n'aurait jamais dû sortir. Je suis loin d'être d'accord avec lui. Ce disque a le mérite d'être un des rares témoignages de la période avec Tommy Bolin. Il est certain que s'il avait été enregistré au cours de la tournée américaine qui a suivi, ce live aurait été bien meilleur, mais il était impossible à l'époque de savoir ce qui allait advenir du groupe. D'ailleurs, trois mois plus tard, après une tournée anglaise qui allait tourner au désastre, le groupe allait mettre la clé sous la porte. Rien qu'à écouter le bootleg de leur dernier concert à Liverpool, il était évident que le groupe était rincé.

Last concert in Japan est en ce qui me concerne un disque honnête, avec ses qualités et ses défauts qui font son charme. Si malgré tout, je n'ai pas réussi à vous convaincre, je peux éventuellement vous conseiller On the wings of a Russian Foxbat (enregistré au cours de la tournée US à Longbeach), ou le DVD Phoenix rising qui relate la descente aux enfers du groupe et sur lequel vous retrouvez la video Rises over Japan enregistré en même temps que ce disque.

mercredi 1 juin 2011

Whitesnake - Live in the heart of the city


Les premiers albums de Whitesnake pouvaient laisser à penser que ce groupe fondé par David Coverdale n'était rien de plus qu'un (bon) ersatz de Deep Purple. Réaction assez logique lorsque l'on voit que Coverdale (chant), Ian Paice (batterie) et Jon Lord (claviers), tous ex-membres du Pourpre Profond, ont participé aux albums concernés. Ce sont tous des musiciens expérimentés et on ne peut pas demander à de telles pointures d'oublier ce qui a fait leur renommée. Cependant, réduire Whitesnake à une pâle copie est un raisonnement trop simpliste, comme le prouve ce Live in the heart of the city, publié en 1980.

Déjà, il faut réaliser qu'il y a deux guitaristes, Micky Moody et Bernie Marsden, aux jeux totalement différents de celui de Ritchie Blackmore, mais certainement pas moins bons que celui de ce dernier. Deep Purple, de par sa musique, pouvait s’avérer trop complexe et cela a pu rebuter pas mal de personnes. Whitesnake est sans doute plus lisse, sans aspérités, plus orienté grand public (encore que...) que son glorieux aîné. Et notre ami David Coverdale a su jouer de son charme légendaire pour séduire de nouveaux fans, surtout de la gent féminine, curieusement (mouais!).

Revenons sur ce live en deux parties: la première (8 titres) étant enregistrée le 23 et 24 juin 1980 à l'Hammersmith Odeon de Londres, la seconde (6 titres) le 23 novembre 1978, toujours au même endroit. La première partie fait la part belle à l'excellent Ready an' willing, ce que je comprends aisément tant cet album, sorti la même année, est excellent. Sweet talker, Fool for your loving et Ready an' willing sont de bons moments de hard, tandis que le calme Ain't gonna cry no more laisse Coverdale briller de mille feux. De superbes titres qui n'ont rien à envier aux succulents Come (issu de Snakebite), Walking in the shadow of the blues et Lovehunter (issus de Love Hunter) ou encore à Take me with you (issu de Trouble).

La seconde partie a été enregistrée à une période où le groupe n'avait que deux albums à son actif, Snakebite et Trouble, tous deux parus en 1978. Malgré la qualité intrinsèques de ceux-ci (bien que la production de ceux-ci rappellent beaucoup Deep Purple), Whitesnake ne jouait pas que des titres de ces albums, mais également des reprises de... Deep Purple. On y retrouve pas moins que Might just take your life (un brin accéléré) et la superbe ballade bluesy Mistreated, où Coverdale nous montre une nouvelle fois l'étendue de son talent. Hormis Come on, qui se trouvait déjà sur la première partie, deux titres de Trouble viennent nous régaler les oreilles, et non des moindres: Trouble et le très rock Lie down. Ain't no love in the heart of the city (de Snakebite), plein de feeling, n'a également pas à rougir de la comparaison avec les deux chansons précitées car elle fait partie des plus belles chansons du répertoire de Serpent Blanc.

Whitesnake avait dès ses débuts l'étoffe des grands, même s'il avait du mal à prendre ses distances avec Deep Purple. On ne peut malgré tout pas trouver à redire sur la qualité de ces titres en eux-mêmes, ni même sur leur interprétation devant un public. En dépit sa courte existence, le groupe montre une véritable cohésion et on sent une véritable envie de réussir, ce que le Serpent Blanc ne manquera de faire par la suite avec une orientation plus FM. Pour les fans de la première heure, ce live est un parfait condensé de ce que savait faire le groupe et il est bon de le redécouvrir de temps à autre.