mercredi 8 juin 2011

Deep Purple - Last concert in Japan


Pour nombre de fans de l'époque, le Deep Purple Mk IV était loin de faire l'unanimité. Il était quasiment inconcevable que Ritchie Blackmore ne puisse plus en faire partie, et surtout que l'on puisse avoir l'idée de la remplacer. Aurait-on pu imaginer un remplaçant pour Jimmy Page dans Led Zeppelin si celui-ci avait quitté le groupe? Et que dire de la nouvelle orientation musicale prise par Deep Purple? Bref, les fans pouvaient avoir de longues discussions sur le sujet.
En ce qui me concerne, les prestations du jeune Tommy Bolin n'avaient rien de honteux, bien au contraire. Come taste the band (déjà chroniqué en ces lignes) est un excellent album malheureusement trop sous-estimé. Bolin est trop différent de Blackmore? Certes, et ce n'est pas un mal: il aurait été bien dommage se contenter d'un clone de l'irascible Ritchie.
Le live n'était pas vraiment le point fort de la nouvelle formation, non pas par manque de talent, mais principalement pour d'autres raisons, telles que les problèmes de drogue de Bolin et du bassiste Glenn Hughes, mais aussi la lassitude qui se ressentait au fur et à mesure de la tournée Come taste the band.
Last concert in Japan enregistré en 1975 mais publié que deux ans plus tard, est un extrait des difficultés qui émaillèrent le groupe jusqu'à son implosion.

Il faut dire que le moment était particulièrement mal choisi pour enregistrer un album en public. Le label japonais, qui était à l'origine du mythique Made in Japan, a sans doute fait pression sur le groupe dans le but de renouveler la bonne performance en termes de chiffres de ventes. Mais ce qui ne pouvait pas être prévu, c'est que le groupe venait de sortir de deux concerts en Indonésie qui ont été tout bonnement atroces (promoteur véreux, double billetterie, un roadie assassiné, Hughes un moment soupçonné de ce meurtre, intimidation de la police locale, paiement d'un bakchich pour sortir de cet enfer), sans compter que Bolin s'était littéralement bousillé le bras en se faisant une injection d'héroïne. Bolin était tellement mal en point que Jon Lord s'est arrangé pour reprendre à l'orgue certaines parties jouées normalement par Bolin afin que les trous dans le son du Purple ne s'entendent pas trop.

Il était évident que les meilleures conditions n'étaient pas réunies pour rééditer les prouesses du Made in Japan. Le concert enregistré n'est sans doute pas le meilleur du Mk IV, je le concède, mais on ne peut pas dire qu'il soit aussi mauvais que l'on a bien pu le dire par la suite. Le groupe, composé de musiciens particulièrement expérimentés, a su assurer une prestation digne de leur statut malgré un contexte défavorable.

Le groupe a interprété à cette occasion plusieurs titres de Come taste the band et il faut bien reconnaitre que ceux-ci ont facilement passé le cap de la scène. Love child, funky à souhait, est un titre chaud comme la braise et cette sensation est renforcée par le chant de David Coverdale, séducteur en diable. Le mélancolique You keep on moving et le groovy Lady luck n'ont rien à envier aux classiques que sont Burn, Stormbringer, Highway star ou l'inévitable Smoke on the water. Même le titre solo de Bolin, Wild dogs, s'intègre parfaitement dans un concert qui, il faut bien le dire, aurait pu tourner à la débâcle générale.

Glenn Hughes a affirmé des années plus tard que ce disque n'aurait jamais dû sortir. Je suis loin d'être d'accord avec lui. Ce disque a le mérite d'être un des rares témoignages de la période avec Tommy Bolin. Il est certain que s'il avait été enregistré au cours de la tournée américaine qui a suivi, ce live aurait été bien meilleur, mais il était impossible à l'époque de savoir ce qui allait advenir du groupe. D'ailleurs, trois mois plus tard, après une tournée anglaise qui allait tourner au désastre, le groupe allait mettre la clé sous la porte. Rien qu'à écouter le bootleg de leur dernier concert à Liverpool, il était évident que le groupe était rincé.

Last concert in Japan est en ce qui me concerne un disque honnête, avec ses qualités et ses défauts qui font son charme. Si malgré tout, je n'ai pas réussi à vous convaincre, je peux éventuellement vous conseiller On the wings of a Russian Foxbat (enregistré au cours de la tournée US à Longbeach), ou le DVD Phoenix rising qui relate la descente aux enfers du groupe et sur lequel vous retrouvez la video Rises over Japan enregistré en même temps que ce disque.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire