
Dream Theater a longtemps souffert de ma méfiance. Que l'on s'entende bien, j'aime la technique et les musiciens brillants. Mais j'ai toujours éprouvé un certain désintérêt pour ceux qui pensent que la technique est non pas un moyen mais une fin. Et quel autre sous-genre du metal que le progressif tombe régulièrement dans ce travers?
Dream Theater, fier représentant du genre, a fini par me faire succomber. Mais il m'en a fallu du temps pour commencer à apprécier. Et même encore maintenant, je reste assez sélectif parmi les albums du groupe américain. Parmi ceux-ci, Falling into infinity, publié en 1997, est celui qui a le plus facilement su me captiver.
Pourquoi pas un autre? Même s'il reste assez technique, on sent que le groupe (ou peut-être la maison de disques, allez savoir) a eu une tendance à simplifier le propos (oui, tout est relatif, ce n'est pas du neo metal non plus!) et ce n'est pas un mal. D'ailleurs, on remarque la présence d'un titre co-écrit par Desmond Child, un faiseur de tubes à qui nombre d'artistes américains ont eu recours. Les titres proposés sont relativement longs, mais ils défilent rapidement: pas trop le temps de s'ennuyer, contrairement à des albums comme Images and words ou Six degrees of inner turbulence qui sont trop peu digestes.
Mais pour une fois, simplifier le propos ne signifie pas sombrer dans la médiocrité. Il faut bien dire qu'avec cinq musiciens aussi brillants, ça serait malheureux. Tout juste peut-on trouver quelques reproches à faire à l'égard du claviériste Derek Sherinian, alors récemment recruté par Dream Theater. On a la très nette impression qu'il n'est pas parfaitement intégré au groupe: ses interventions donnent parfois la sensation de tomber comme un cheveu sur la soupe.
Pour le reste,difficile de cracher sur ladite soupe, car le tout est parfaitement interprété. L'introduction de New millenium laisse rapidement comprendre que la technique n'a pas pris ses jambes à son cou, You not me est concentré de metal heavy de chez heavy, tout comme Peruvian skies (un classique de DT) l'instrumental Hell's Kitchen ou le plombé Just let me breathe (qui fait parfois penser à Deep Purple, gràace aux claviers de Sherinian). L'émotion est aussi au rendez-vous, que ce soit avec le triste mais splendide Take away my pain (un titre qui traite du décès du père du guitariste John Petrucci, ceci expliquant cela) ou avec le mélancolique bouquet final en trois actes, Trial of tears.
Falling into infinity a pour lui le mérite d'avoir une approche plus variée, ce qui lui a permis de casser son image de groupe de musiciens surdoués proposant une musique pour musiciens surdoués, ce qui était plutôt gavant. Malheureusement, le Théâtre des rêves n'a pas réussi à conquérir un public beaucoup plus large que celui composé par ses fans habituels, et c'est bien dommage car il aurait pu, avec une meilleure promotion sans doute, conquérir un nouveau public. Falling into infinity est en tous cas un album majeur dans la carrière de Dream Theater, même si les puristes diront le contraire, et il mérite amplement votre attention.


