mardi 30 mars 2010

Nirvana - In utero

Après des débuts timides, Nirvana avait surpris son monde avec Nevermind, l'un des meilleurs albums que les 90's ont engendré. Mais pour les fans hardcore du groupe, ceux qui suivent les pérégrinations de la bande à Kurt Cobain, Cet album sonnait trop propre. C'était également l'avis du groupe qui a décidé du tout au tout avec ce nouvel album, paru en 1993.

Le moins que l'on puisse dire de cet album, c'est que c'est crade, sauvage, brut de décoffrage. Et il paraît que la maison de disques du groupe a demandé à avoir recours à un producteur pour revoir l'ensemble tant celui-ci était brouillon. Ça devait donner! Scott Albini sera l'heureux élu: ce dernier, tout en polissant les titres écrits par le groupe, va donner une âme à ce disque.

A l'instar de Nevermind, cet album regorge de titres mémorables. Heart-shaped box a été matraqué à sa sortie sur les ondes, à juste titre. La souffrance de Kurt Cobain, artiste déchiré (dans tous les sens du terme), est à son paroxysme. Non moins célèbre, Rape me enfonce le clou avec brio et simplicité. Dumb permet à l'auditeur de s'accorder une pause (enfin, tout est relatif, ce n'est pas non plus une ballade!).
Pennyroyal tea laisse éclater toute la détresse de Cobain, son chant et la mélodie de ce titre font comprendre que le chanteur/guitariste était particulièrement mal en point. Cela rend ce titre d'autant plus indispensable. All apologies est teinté d'une rare tristesse: c'est presque le message d'adieu de Cobain à son public et à ses proches. Beaucoup d'émotions, mais rien d'exagéré: nous n'avons pas non plus affaire ici à de la sensiblerie digne d'une émission de télé-réalité qui cherche à faire pleurnicher la ménagère de moins de 50 ans.

Mais en dehors de ces classiques intemporels, de nombreuses pépites sont cachées tout au long de cet In utero. Serve the servants, comme morceau d'introduction est une boucherie. On comprend très vite que l'état d'esprit de Cobain n'est pas au beau fixe: Teenage angst has paid off well, now I'm bored and old. Traduction: les colères adolescentes m'ont bien nourri, maintenant je suis vieux et fatigué. Autre moment de sauvagerie: Scentless apprentice laisse éclater la colère de l'emblématique leader de Nirvana au cours du refrain hurlé comme un dément. Very ape et son riff simpliste ont eu tôt fait de conquérir les foules, des titres comme tourette's ou Radio friendly unit shifter sont aussi des titres où la sauvagerie grunge s'exprime pleinement. Dommage que des titres un peu moins bons comme Frances farmer will have her revenge on Seattle ou Milk it s'intercalent entre deux tueries. Rien de bien grave, reconnaissons-le, mais pas de quoi s'en réveiller la nuit non plus.

In utero n'est certainement pas le disque consensuel que Geffen, la maison de disques attendait. Cela n'empêchera pas cet album de connaître un succès monumental, d'autant plus que cet album est le dernier album studio du groupe. Le suicide de Cobain l'année suivante renforcera la légende Nirvana: un phénomène qui, à l'instar de Jimi Hendrix, sera bref, mais marquera durablement l'histoire du rock. Inutile de dire que tous les produits (plus le temps passe et plus j'ai du mal à les qualifier d'albums) qui seront distillés au fil du temps seront des succès commerciaux retentissants malgré une qualité parfois sommaire (je pense au live From the muddy banks of wishkah).
Reste ce magnifique In utero qui, plus de quinze ans après sa sortie, n'a pas pris une ride. Un concentré de colère, le disque idéal pour faire ch*** ses parents!!!

vendredi 26 mars 2010

Def Leppard - On through the night

Le début des années 80 a été une période faste pour les groupes de la NWOBHM, la fameuse New wwave of British Heavy Metal. Ce mouvement comprenait de nombreux grands noms de la musique metal, comme Iron Maiden, Saxon, mais encore Def Leppard. Ce dernier n'était encore qu'un groupe débutant en 1980, année où est paru leur premier opus, On through the night.

On comprend très vite que cet album est celui d'un groupe débutant. N'y voyez rien de péjoratif, cela signifie que les compositions manquant encore de maturité et que leur style n'est pas encore bien défini, leur son était très proche de Judas Priest. Pas étonnant lorsque l'on sait qui a produit l'album. Il s'agit de Tom Allom qui a produit de nombreux albums du Prêtre de Judas.

En dehors de ces considérations, il n'y a rien de franchement négatif à redire sur ce premier essai qui nous propose des morceaux de hard rock honnêtes, peut-être pas les plus originaux qui soient, mais efficaces et catchy. Ce qui est déjà pas mal, tous les groupes ne peuvent pas se vanter d'avoir aussi bien débuté.

On through the night nous offre donc des morceaux bien pensés, comme Rock Brigade, It could be you (typiquement Priestien), Wasted, Rocks off, It don't matter ou Answer to the master.
Rien de franchement surprenant, mais c'est parfaitement interprété et ça ne dépareille pas avec le reste de la scène hard rock de l'époque. Non, en fait le seul reproche est d'être trop ostensiblement orienté vers Judas Priest. Mais c'est un défaut de jeunesse assez courant de se laisser influencer par son producteur, surtout lorsque celui-ci peut se targuer d'avoir travaillé avec des pointures.

Bien sûr, des albums comme Pyromania ou Hysteria restent à écrire. Un peu de patience, le succès va leur tendre les bras. Il est vrai que le groupe a toujours su bien s'entourer, puisqu'il aura affaire par la suite au producteur Robert "Mutt" Lange, qui a produit quelques pépites comme le mythique Back in black d'AC/DC. Rien que ça! Mais en attendant le succès, ce premier album n'a absolument pas de quoi faire rougir les membres du Léopard Sourd, même si ceux-ci ont toujours déclaré ne pas être satisfait du résultat final.

Sans doute pas le meilleur album de l'année 1980, Judas Priest avait sorti la même année British Steel, un incontournable du genre. Mais de bon augure pour le futur, sans aucun doute. Un album méconnu à redécouvrir de toute urgence.

vendredi 19 mars 2010

Deep Purple - Fireball

En ce début d'année 1971, les membres de Deep Purple se disent qu'il va falloir préparer un nouvel album pour succéder à l'impérial In rock paru un an auparavant. Ce ne sera pas une sinécure d'écrire des morceaux aussi bien troussés que Speed King, Child in time ou autres Black night. Inutile de dire que la pression et surtout l'attente sont énormes. Pour ce nouvel opus dénommé Fireball, le groupe a décidé de renouveler sa recette et d'expérimenter avec plus ou moins de bonheur.

On commence par un Fireball qui est sans doute le dernier héritier de la période In rock. On reste en territoire connu: le groupe est en parfaite symbiose: la batterie de Ian Paice claque plus que jamais, le chant de Ian Gillan est extrêmement puissant, Jon Lord à l'orgue et Ritchie Blackmore à la guitare se livrent à des duels d'anthologie. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.
Sur les deux morceaux suivants, les classiques No, no, no et Demon's eye font preuve de moins de folie mais restent malgré tout redoutables. Le groupe est plus posé, preuve d'une certaine maturité dans le processus de composition. Des titres de facture classique qui ne surprendront pas grand-monde et qui ne seront pas joués tant que cela pendant les concerts dans les 70's, la faute à un Ritchie Blackmore insatisfait par le résultat final. Ces titres sortiront des archives après le départ du lunatique guitariste au début des années 90 et seront régulièrement joués devant un public à partir de cette période.
On arrive aux moments les plus expérimentaux. Anyone's daughter est une surprise complète. Ecrit par Blackmore, ce titre est le plus calme de l'album. Une ambiance country/western se dégage de ce morceau qui, au final, est loin d'être désagréable même s'il nécessite un temps d'adaptation.
The mule est un chef d'œuvre où les musiciens sont mis à rude épreuve. Hormis Gillan, qui n'intervient qu'en début de titre, les quatre autres membres du groupe ont accouché d'un monument de technicité. Lord impose une atmosphère pesante, aidé en cela par le bassiste Roger Glover. Blackmore nous balance des soli bien sentis comme lui seul en a le secret. Mais le plus impressionnant reste pour le coup Ian Paice qui tape sur ses fûts comme si sa vie en dépendait avec une technique incroyable. Franchement, les 70's ont vu l'éclosion de batteurs d'exception tels John Bonham ou Keith Moon, mais Ian Paice est largement à leur niveau. D'ailleurs The mule est régulièrement interprété en concert (on le retrouve sur le célébrissime Made in Japan) et c'est l'occasion pour Paice de se livrer à l'exercice périlleux du solo de batterie avec une maestria qui n'est plus à démontrer.
Fools est aussi ce qu'on appelle un morceau hors du commun. Le tout commence très doucement, le clavier, la batterie et la guitare ne sont là que pour distiller une ambiance particulière: celle du calme avant la tempête. Ian Gillan ne fait que susurrer quelques paroles. Puis lorsque le grand moment arrive, ce dernier est intenable: son chant est celui d'un fou furieux. Les paroles, qui traitent d'un certain dégoût pour l'espèce humaine, sont parfaitement crédibles dans la bouche de ce chanteur qui assène ces mots tels des coups de marteau. Le riff principal de guitare, bien que pas foncièrement original, renforce l'efficacité du morceau. Un grand moment, sans doute mon titre préféré de ce Fireball.
On conclut avec un No one came sensiblement plus classique que les trois morceaux précédents. Pas mauvais, mais dispensable. Un titre qui a connu la même destinée que Demon's eye et No, no, no.
A noter que le groupe avait écrit d'autres morceaux pendant les sessions d'enregistrement, comme Prostitute, que l'on retrouve dans la version remastérisée en CD de l'album. Un single a suivi la sorti de Fireball, Strange kind of woman, un titre essentiel dans l'histoire du groupe. Un classique que Deep Purple se doit de jouer chaque soir de concert.

D'approche moins conventionnelle, Fireball n'en reste pas moins un bon moment de hard rock que seuls ces pionniers pouvaient engendrer. Son principal défaut reste d'être coincé entre In rock et Machine head, album légendaire s'il en est. Sans doute moins percutant que son prédécesseur, ce disque nous offre plusieurs compositions qui ont le mérite de s'avérer originales. Fireball reste sans doute l'un des meilleurs album que l'association Blackmore-Gillan-Glover-Lord-Paice ait créé, un monument intemporel qui doit être écouté au moins une fois dans sa vie par tout fan de rock.

mardi 16 mars 2010

Rush - 2112

Au cours des années 1970, le rock progressif a été roi. Les meilleurs albums en la matière ont été élaborés au cours de cette décennie. Des groupes plus doués les uns que les autres, il y en a eu énormément: Genesis, King Crimson, Yes et j'en passe. Parmi eux, le trio canadien Rush. Ce groupe a sorti au cours de sa longue et prolifique carrière quelques pépites, dont ce 2112, paru en 1976.
Plantons brièvement le décor. Le chanteur/bassiste Geddy Lee est un musicien touche-à-tout des plus brillant. Son jeu de basse est d'une rare précision, son chant, aigu et puissant, aurait tendance à me faire penser à un mélange entre Rob Halford (Judas Priest) et Rick Davies (Supertramp). Côté guitares, nous sommes bien servis: Alex Lifeson, c'est plusieurs guitaristes en un seul homme. Tout au long de cet album, j'entends des plans qui pourraient me faire penser tantôt à David Gilmour, Steve Hackett ou Robert Fripp, tantôt à Brian May, Tony Iommi ou Ritchie Blackmore. Lifeson a su, encore heureux, digérer ces influences pour créer son propre jeu. Au niveau de la batterie, Neil Peart possède un jeu subtil, plein de nuances, adaptable à un contexte heavy ou atmosphérique. Une dream-team avant l'heure...

On commence avec un monolithe de plus de 20 minutes, 2112, qui s'inspire d'une œuvre du Russe Rand. Le concept, en gros, c'est l'histoire d'un type qui retrouve une guitare en l'an 2112, instrument disparu depuis longtemps; cette découverte va évidemment bouleverser la vie de cet homme. Musicalement parlant, ce morceau est composé de 7 parties, tantôt lourdes et heavy, tantôt atmosphériques et planantes. Difficile de vous décrire l'ensemble, il faut l'entendre pour le croire: retenez que c'est une tuerie. Dream Theater n'a rien inventé! Cette vingtaine de minutes passe à une vitesse incroyable et on n'a pas le temps de s'ennuyer une seconde. Ces trois musiciens sont des génies.

Evidemment, les cinq morceaux suivants, qui ne dépassent pas les 4 minutes chacun, paraissent bien fades à côté de ce monument. Rien de mauvais en soi, impossible que trois musiciens aussi doués génèrent de mauvais titres, mais rien de comparable non plus à ce morceau-titre.
Ceci étant, je retrouve de nombreux plans très inspirés sur des chansons comme A passage to Bangkok, Twilight zone (typique du hard européen de la fin des 70's) ou Something for Nothing qui conclut l'album sur une note positive. Même les calmes et inspirés Lessons et Tears ne parviennent pas entamer la haute estime que j'ai pour ce groupe.

Je relisais récemment une interview que le batteur Vinnie Paul (Pantera) avait donnée dans les 90's: il y affirmait que Rush était son groupe favori quand il était adolescent et que ses membres étaient ses héros de jeunesse. Pas mal comme compliment. Je n'aurais pas dit mieux!
Les Canadiens continuent encore à tourner de nos jours, mais il est certain que leur influence a grandement diminué. Les nouvelles générations ignorent l'existence de ce groupe et c'est bien dommage. En matière de hard rock progressif, Rush est un pionnier. Avec tout le respect que je dois à Dream Theater, ces derniers n'ont fait que reprendre les bases qu'avaient instaurées jadis Lee, Lifeson et Peart.
Inutile de préciser que 2112 est un grand album, probablement l'un des tous meilleurs des 70's et que Rush est un groupe extraordinaire qui a sorti de nombreux albums tous aussi intéressants les uns que les autres, tels Hemispheres ou Permanent waves. Ne pas (re)donner leur chance à ces albums, ce serait une ignominie!

vendredi 12 mars 2010

Gene Simmons - Asshole

Vous l'avez compris, je pense, j'aime Kiss. Pas pour son image à la limite du ridicule, pas pour son merchandising débile. Uniquement pour sa musique. L'un des instigateurs de la musique de ce groupe de légende, c'est Gene Simmons. Mais ce n'est pas parce qu'on s'appelle Gene Simmons qu'il faut tout se permettre. Avec cet album solo paru en 2004, on touche au fond du panier. C'est tout bonnement mauvais. Et je reste poli...

Sur les treize titres que contient cette insulte au bon goût, deux sont corrects (j'ai pas dit bons): Sweet & dirty love et Weapons of mass destruction. Les deux s'apparentent le plus à ce que l'on attend du bassiste de Kiss, à savoir du gros hard rock bien couillu.
Le reste? A oublier... et le plus vite possible. Gene Simmons a été capable d'illustrer à lui tout seul et en un seul album le mot "nul". La reprise de Firestarter de Prodigy a de quoi surprendre au premier abord, mais au bout de quelques secondes, ça devient gavant.
Le summum du ridicule, c'est sur Waiting for the morning light. Une production pourrie, un piano qui sonne comme un clavier Bontempi des années 80 (je suis gentil) et des paroles niaises. Là, difficile de faire pire. Il paraît que Bob Dylan a coécrit ce titre. Un moment d'égarement, je présume.
Beautiful, avec ses claviers ringards et ses chœurs féminins à deux balles sont à pleurer de rire. Asshole relève un poil le niveau, mais en fait ce n'est qu'un vulgaire morceau de punk-rock que ne renierait pas Sum41. Tout est dit.
Now that you're gone retombe dans ce que Simmons a sorti de plus consternant. C'est de la guimauve agrémentée de chœurs d'enfants. No comment!
Whatever turns you on est un petit rock teinté de reggae qui arrive à peine à me faire oublier l'horreur précédente. Dog, Carnival of souls et If I had a gun se laissent écouter sans susciter mon dégoût, mais il s'en faut de peu.
Black tongue? Difficile à décrire, un peu d'électro sur lequel Simmons intervient timidement. Re-bof. On conclut sur I dream a thousand dreams. Nullissime. De la guimauve. Même les titres diffusés dans un dancing réservés aux membres du troisième âge n'arrivent pas à m'exaspérer à ce point. Parce qu'au moins, dans ce genre de lieu, on sait à quoi s'attendre.

Quand Paul Stanley sort un album solo comme Live to win, ce n'est peut-être pas original mais ça reste bon. Idem avec les albums solo de Bruce Kulick ou Ace Frehley. Même certains albums solo de Peter Criss, qui n'est pourtant pas un compositeur de génie, loin de là, sont meilleurs que ce ravage. C'est une ode au mauvais goût, une insulte à la musique. Franchement, Gene Simmons aurait mieux fait de s'abstenir. C'est incroyablement mauvais. Sortir de telles horreurs, ça devrait être sanctionné par la loi. Gene, arrête ta carrière solo, ça vaudrait mieux pour tout le monde. Il y a assez de choses à faire avec Kiss pour ne pas avoir à sortir ce genre de bouses infâmes.

jeudi 11 mars 2010

MC5 - High time

MC5 est surtout connu pour son premier album live, Kick out the jams, que j'avais déjà évoqué dans ces lignes. Mais ne pas tenir de ses deux autres albums studio serait une grande erreur, tant ceux-ci font preuve d'une énergie incroyable et contiennent de grands moments. Ce High time, paru en 1971, prouve que les Américains étaient inspirés malgré la fin des sixties et du flower power.

Au niveau de la musique, on reste en terrain connu. Du gros rock à la Steppenwolf, comme il y en avait beaucoup à l'époque, beaucoup de contestation et surtout des titres percutants, qui vous prennent aux tripes en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Les musiciens du MC5 ont composé avec une grande précision et une minutie inouïe 8 titres de haute volée. Au cas où certains en douteraient, MC5 était composé d'excellents musiciens doublés de fameux songwriters.

Sister Anne remplit correctement sa mission de morceau d'ouverture: il s'agit d'un morceau mêlant rock, blues et boogie, le solo est efficace et le tout est facilement mémorisable. Baby won't ya continue dans cette voie et je dois avouer que j'aime beaucoup le riff de guitareprincipal ainsi que le travail à la basse de Michael Davis, d'une grande précision et qui fait mouche sans trop de difficultés. Un des meilleurs morceaux de l'album.
Miss X est une simili-ballade qui, outre le fait qu'elle soit bien interprétée, n'apporte pas grand-chose de neuf à l'ensemble. Passons vite au morceau suivant, un gros rock/boogie, Gotta keep movin', qui donne instantanément envie de taper du pied. Sans être original, ce titre est indubitablement un de ceux qui atteignent leur cible dès la première écoute.
Future/now est un morceau qui ressemble au début à tout ce que le MC5 a pu faire depuis ses débuts, c'est à dire du gros typique début des 70's. Fred Smith et Wayne Kramer abattent un boulot incroyable aux guitares. Par contre, la seconde moitié du morceau voit l'ensemble se ralentir et proposer un passage planant, avec un effet de chorus aux guitares et la voix de Rob Tyner passée dans un filtre. Poison, repart sur des bases plus connues, les riffs de guitare se veulent plus acérés que jamais, tout comme le solo est l'un des meilleurs que le groupe ait enregistré.
Over and over est pour moi le meilleur moment de cet album. On commence par un riff simpliste mais presque sentencieux, qui fait deviner que le groupe va nous tenir un sérieux discours. Rob Tyner est comme habité par une force supérieure qui le pousse à donner tout ce qu'il peut. Gros travail des guitares et de la basse, encore une fois, qui mérite d'être salué. Le solo est magnifique et d'une précision redoutable. Tout ce que l'on a envie de faire en écoutant ce morceau, c'est hurler "Over and over" à en perdre la voix.
On conclut par Skunk (sonicly speaking) qui montre que le groupe dispose d'un batteur aussi talentueux que le reste de ses membres, Dennis Thompson. Le reste du titre aurait pu figurer sur Kick out the jams, le riff principal est aussi simple qu'entêtant, le chant de Tyner est toujours aussi enragé. Le tout se conclut par une partie de cuivre qui ne fait que rajouter de l'intensité à un morceau, voire même à un album qui n'en demandait pas tant.

MC5 était devenu en 1971 un groupe "carré", ses musiciens étant devenus de parfaits instrumentistes. Malgré d'excellentes critiques (et elles étaient méritées), cet album s'est particulièrement mal vendu. Pourtant le travail fourni par le groupe n'a jamais été aussi bon, et malgré quelques parties qui se veulent plutôt expérimentales, comme Miss X, il n'y a rien à redire sur ce High time. En ajoutant des divergences internes et des problèmes de drogue à des chiffres de vente faibles, vous obtenez la séparation d'un excellent groupe qui avait pourtant de longues années devant lui. High time est le dernier album d'un groupe légendaire qui ne demande qu'à être redécouvert. Les albums du MC5 sont trop bons pour que vous puissiez vous permettre de passer à côté.

mercredi 10 mars 2010

Led Zeppelin - II

Encore un pilier du hard rock, me direz-vous... Ben ouais, difficile de faire l'impasse sur ce monument de la musique qui a tout compris avant tous les autres. Auteur d'un premier album de haute volée en 1969, le groupe de Jimmy Page allait sortir la même année une suite non moins mémorable. Un an avant Black Sabbath et Deep Purple, Led Zeppelin publiait le disque qui allait donner ses premières lettres de noblesse au hard rock.

Mais cantonner le Zeppelin plombé au hard, cela revient à se limiter qu'à une partie de son œuvre. Led Zeppelin, c'est aussi du blues et quelques ballades acoustiques bien senties. Un travail d'une qualité rarement égalée.

On commence avec un nouveau classique, Whole lotta love, qui sans avoir l'air d'y toucher, délivre un message des plus salaces. Je vous en passerais volontiers les détails (vous trouverez ça facilement sur le Net), retenez juste que le riff d'intro est aussi simpliste qu'efficace et inoubliable, la partie centrale que je qualifierais d'orgasmique et un solo final d'anthologie. Rien que ça... Et ce n'est que le début! Soit dit en passant, les Anglais ont pillé une fois de plus une idée de riff du bluesman Willie Dixon

What is and what should never be se veut nettement plus calme, du moins pendant les couplets. Les refrains se veulent un peu plus énervés mais cela reste au fond du Led Zeppelin typique. Un bon morceau, toujours impeccablement interprété, mais pas le plus original du lot. The lemon song est un bijou du genre, la basse de John Paul Jones impose un lourdeur incroyable et Jimmy Page nous offre une fois de plus un solo impérial. Thank you se veut être la ballade de l'album, l'orgue de Jones rend le tout plus intimiste, à la croisée entre Babe I'm gonna leave you et Your time is gonna come du premier album. Sympathique, mais pas le morceau le plus indispensable.

On reprend avec un deuxième classique, Heartbreaker, un hard rock bien sanguinolent, où les Anglais montrent qu'ils sont en parfaite osmose. Le chant de Robert Plant est rageur, la rythmique de Jones et du batteur John Bonham fait des merveilles, la guitare de Page est ultra heavy et ce n'est pas le solo du milieu, qui tient plus de l'improvisation qu'autre chose, qui me fera dire le contraire. Du grand art. On continue avec le rock avec Living loving maid, de facture classique mais foutrement efficace, surtout en concert.

Ramble on est un nouveau classique, on commence à avoir l'habitude avec le Dirigeable. Des couplets qui font penser avec morceau de folk et des refrains purement rock comme le Zeppelin seul sait les créer. La basse de Jones y fait encore des prouesses. Moby Dick est une œuvre d'Herman Melville, mais on ne voit pas vraiment le lien avec le morceau de Led Zeppelin. Ce titre est surtout en prétexte pour entendre Bonham pratiquer, après une courte intervention de la guitare et de la basse, un solo de batterie de haute volée qui fait encore pâlir d'envie tous les batteurs en herbe. On conclut cet album avec un blues typique, Bring it on home, encore un emprunt à Willie Dixon. Cela devient une manie!

Fin 1969, les plus gros hits de Dirigeable, tels Stairway to heaven ou Kashmir restent à écrire, mais le groupe a su imposer avec ce deuxième opus un niveau de qualité incroyable. La leçon de chant, de guitare, de basse et de batterie vient juste d'être donnée. Inutile de préciser que ce disque est considéré, et à juste titre, comme une référence ultime pour tout fan de rock qui se respecte. C'est le genre d'album dont on ne peut se lasser et qui, même après plus de quarante ans de recul, délivre toujours la même intensité. De nombreux groupes actuels qui croient être au sommet de leur carrière feraient bien d'écouter ce chef d'œuvre qui les feraient tomber de leur piédestal. Décidément, en cette fabuleuse année 1969, la messe est dite...