jeudi 11 mars 2010

MC5 - High time

MC5 est surtout connu pour son premier album live, Kick out the jams, que j'avais déjà évoqué dans ces lignes. Mais ne pas tenir de ses deux autres albums studio serait une grande erreur, tant ceux-ci font preuve d'une énergie incroyable et contiennent de grands moments. Ce High time, paru en 1971, prouve que les Américains étaient inspirés malgré la fin des sixties et du flower power.

Au niveau de la musique, on reste en terrain connu. Du gros rock à la Steppenwolf, comme il y en avait beaucoup à l'époque, beaucoup de contestation et surtout des titres percutants, qui vous prennent aux tripes en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Les musiciens du MC5 ont composé avec une grande précision et une minutie inouïe 8 titres de haute volée. Au cas où certains en douteraient, MC5 était composé d'excellents musiciens doublés de fameux songwriters.

Sister Anne remplit correctement sa mission de morceau d'ouverture: il s'agit d'un morceau mêlant rock, blues et boogie, le solo est efficace et le tout est facilement mémorisable. Baby won't ya continue dans cette voie et je dois avouer que j'aime beaucoup le riff de guitareprincipal ainsi que le travail à la basse de Michael Davis, d'une grande précision et qui fait mouche sans trop de difficultés. Un des meilleurs morceaux de l'album.
Miss X est une simili-ballade qui, outre le fait qu'elle soit bien interprétée, n'apporte pas grand-chose de neuf à l'ensemble. Passons vite au morceau suivant, un gros rock/boogie, Gotta keep movin', qui donne instantanément envie de taper du pied. Sans être original, ce titre est indubitablement un de ceux qui atteignent leur cible dès la première écoute.
Future/now est un morceau qui ressemble au début à tout ce que le MC5 a pu faire depuis ses débuts, c'est à dire du gros typique début des 70's. Fred Smith et Wayne Kramer abattent un boulot incroyable aux guitares. Par contre, la seconde moitié du morceau voit l'ensemble se ralentir et proposer un passage planant, avec un effet de chorus aux guitares et la voix de Rob Tyner passée dans un filtre. Poison, repart sur des bases plus connues, les riffs de guitare se veulent plus acérés que jamais, tout comme le solo est l'un des meilleurs que le groupe ait enregistré.
Over and over est pour moi le meilleur moment de cet album. On commence par un riff simpliste mais presque sentencieux, qui fait deviner que le groupe va nous tenir un sérieux discours. Rob Tyner est comme habité par une force supérieure qui le pousse à donner tout ce qu'il peut. Gros travail des guitares et de la basse, encore une fois, qui mérite d'être salué. Le solo est magnifique et d'une précision redoutable. Tout ce que l'on a envie de faire en écoutant ce morceau, c'est hurler "Over and over" à en perdre la voix.
On conclut par Skunk (sonicly speaking) qui montre que le groupe dispose d'un batteur aussi talentueux que le reste de ses membres, Dennis Thompson. Le reste du titre aurait pu figurer sur Kick out the jams, le riff principal est aussi simple qu'entêtant, le chant de Tyner est toujours aussi enragé. Le tout se conclut par une partie de cuivre qui ne fait que rajouter de l'intensité à un morceau, voire même à un album qui n'en demandait pas tant.

MC5 était devenu en 1971 un groupe "carré", ses musiciens étant devenus de parfaits instrumentistes. Malgré d'excellentes critiques (et elles étaient méritées), cet album s'est particulièrement mal vendu. Pourtant le travail fourni par le groupe n'a jamais été aussi bon, et malgré quelques parties qui se veulent plutôt expérimentales, comme Miss X, il n'y a rien à redire sur ce High time. En ajoutant des divergences internes et des problèmes de drogue à des chiffres de vente faibles, vous obtenez la séparation d'un excellent groupe qui avait pourtant de longues années devant lui. High time est le dernier album d'un groupe légendaire qui ne demande qu'à être redécouvert. Les albums du MC5 sont trop bons pour que vous puissiez vous permettre de passer à côté.

mercredi 10 mars 2010

Led Zeppelin - II

Encore un pilier du hard rock, me direz-vous... Ben ouais, difficile de faire l'impasse sur ce monument de la musique qui a tout compris avant tous les autres. Auteur d'un premier album de haute volée en 1969, le groupe de Jimmy Page allait sortir la même année une suite non moins mémorable. Un an avant Black Sabbath et Deep Purple, Led Zeppelin publiait le disque qui allait donner ses premières lettres de noblesse au hard rock.

Mais cantonner le Zeppelin plombé au hard, cela revient à se limiter qu'à une partie de son œuvre. Led Zeppelin, c'est aussi du blues et quelques ballades acoustiques bien senties. Un travail d'une qualité rarement égalée.

On commence avec un nouveau classique, Whole lotta love, qui sans avoir l'air d'y toucher, délivre un message des plus salaces. Je vous en passerais volontiers les détails (vous trouverez ça facilement sur le Net), retenez juste que le riff d'intro est aussi simpliste qu'efficace et inoubliable, la partie centrale que je qualifierais d'orgasmique et un solo final d'anthologie. Rien que ça... Et ce n'est que le début! Soit dit en passant, les Anglais ont pillé une fois de plus une idée de riff du bluesman Willie Dixon

What is and what should never be se veut nettement plus calme, du moins pendant les couplets. Les refrains se veulent un peu plus énervés mais cela reste au fond du Led Zeppelin typique. Un bon morceau, toujours impeccablement interprété, mais pas le plus original du lot. The lemon song est un bijou du genre, la basse de John Paul Jones impose un lourdeur incroyable et Jimmy Page nous offre une fois de plus un solo impérial. Thank you se veut être la ballade de l'album, l'orgue de Jones rend le tout plus intimiste, à la croisée entre Babe I'm gonna leave you et Your time is gonna come du premier album. Sympathique, mais pas le morceau le plus indispensable.

On reprend avec un deuxième classique, Heartbreaker, un hard rock bien sanguinolent, où les Anglais montrent qu'ils sont en parfaite osmose. Le chant de Robert Plant est rageur, la rythmique de Jones et du batteur John Bonham fait des merveilles, la guitare de Page est ultra heavy et ce n'est pas le solo du milieu, qui tient plus de l'improvisation qu'autre chose, qui me fera dire le contraire. Du grand art. On continue avec le rock avec Living loving maid, de facture classique mais foutrement efficace, surtout en concert.

Ramble on est un nouveau classique, on commence à avoir l'habitude avec le Dirigeable. Des couplets qui font penser avec morceau de folk et des refrains purement rock comme le Zeppelin seul sait les créer. La basse de Jones y fait encore des prouesses. Moby Dick est une œuvre d'Herman Melville, mais on ne voit pas vraiment le lien avec le morceau de Led Zeppelin. Ce titre est surtout en prétexte pour entendre Bonham pratiquer, après une courte intervention de la guitare et de la basse, un solo de batterie de haute volée qui fait encore pâlir d'envie tous les batteurs en herbe. On conclut cet album avec un blues typique, Bring it on home, encore un emprunt à Willie Dixon. Cela devient une manie!

Fin 1969, les plus gros hits de Dirigeable, tels Stairway to heaven ou Kashmir restent à écrire, mais le groupe a su imposer avec ce deuxième opus un niveau de qualité incroyable. La leçon de chant, de guitare, de basse et de batterie vient juste d'être donnée. Inutile de préciser que ce disque est considéré, et à juste titre, comme une référence ultime pour tout fan de rock qui se respecte. C'est le genre d'album dont on ne peut se lasser et qui, même après plus de quarante ans de recul, délivre toujours la même intensité. De nombreux groupes actuels qui croient être au sommet de leur carrière feraient bien d'écouter ce chef d'œuvre qui les feraient tomber de leur piédestal. Décidément, en cette fabuleuse année 1969, la messe est dite...

mardi 9 mars 2010

Cradle of filth - Dusk and her embrace

Cradle of filth a toujours été le groupe controversé par excellence. Trop brutal, trop symphonique, trop commercial, moins bons que Dimmu Borgir. Toutes les excuses sont bonnes à prendre. Mais quand on y réfléchit bien qu'est-ce que Cradle of filth? Du black, symphonique certe, mais du black quand même. Et du bon en plus, à la hauteur de ses concurrents scandinaves. Auteurs d'un déjà magnifique The principle of evil made flesh, les Anglais vont enfoncer le clou en 1996 avec ce Dusk and her embrace.

Dani Filth, leader et chanteur du groupe, ne fait pas de manières dans le choix des thèmes de ses chansons. Sexe, sang, violence, serial killers, ésotérisme, tout y passe. Mais comme il s'agit de black symphonique, le tout se doit d'être abordé avec finesse. Bon, c'est pas de l'opéra, d'accord, mais tout de même...

Difficile de retenir un titre parmi les neuf proposés ici, tant la qualité de ces derniers est particulièrement élevée. Le groupe a su enlever les aspérités qui avaient tendance, à la longue, à gâcher leur premier opus. Les riffs de Stuart Anstis et John Piras sont toujours aussi inventifs, les claviers de Damien Gregori apportent une ambiance malsaine au possible, la section rythmique est ultra-carrée (il faut dire aussi que la batteur Nicholas Barker n'est pas le premier venu en la matière) et Dani Filth est fidèle à lui-même, polyvalent, enragé, éructant des vocaux que des porcins ne renieraient pas. Bref, vous l'avez compris, c'est magnifique. Tout simplement. Impossible de se lasser de cette cinquantaine de minutes de musique variée, sophistiquée effrayante et raffinée.

Cradle of filth confirmait, en l'an de grâce 1996, qu'il était un groupe sur lequel il fallait compter à l'avenir. Dusk and her embrace n'était qu'en fait le début d'une longue série d'albums plus majestueux et référentiels les uns que les autres. Cruelty and the beast, Midian, Damnation and a day, Nymphetamine sont des albums magnifiques et c'est sans conteste l'opus de 1996 qui a ouvert la voie. La concurrence avec les Norvégiens de Dimmu Borgir sera des plus saines, car elle permettra une parfaite émulation entre les deux groupes, l'avantage ne sera jamais clairement gagné par un camp ou par l'autre.

Dusk and her embrace, un grand moment de musique extrême à réécouter sans modération!

lundi 8 mars 2010

Lenny Kravitz - Circus

Après avoir sorti des albums aussi excellents que Let love rule et Mama said, il semblait que Kravitz avait tout dit. Pour de nombreux observateurs, le dernier album correct est Are you gonna go my way. Je trouve cette vision assez réductrice, car, même s'il lui a été assez difficile d'égaler ce dernier opus, Kravitz nous a offert par la suite de nombreux morceaux de qualité.
Ce Circus, publié en 1995, nous le prouve une fois encore.

J'admets que la pochette a, encore une fois, le don de m'exaspérer. Ce mec est on ne peut plus narcissique! Mais c'est un narcissique génial, et il le sait en plus...

D'entrée de jeu, Kravitz nous colle une rouste monumentale avec Rock and roll is dead, particulièrement entraînant, avec un riff aussi simple que mémorable, funky en diable. Kravitz n'a pas changé la recette qui a fait son succès: du gros rock à la Hendrix, un soupçon de funk, une voix magnifique, un solo de haute volée, le tout remis au goût du jour. Et c'est extrêmement efficace et accrocheur.
La suite se veut à l'image de la pochette, sombre. Circus est lourd, plutôt lent, sans que je puisse le qualifier de ballade. J'aime beaucoup les paroles de ce titre, particulièrement inspirées. Beyond the 7th sky est du même calibre, bien qu'un peu plus planant que son prédécesseur, en raison principalement du chant de Kravitz. Tunnel vision est funky à souhait, ce qui tranche clairement avec les titres sombres précédemment cités.
Autre tube: Can't get you off my mind, une ballade où Kravitz n'en fait pas des caisses. Quand on connaît la carrière de Kravitz, c'est assez rare pour être souligné. Magdalene se veut être un rock gentillet, sans prétention et le titre atteint son but sans trop de difficultés. Mais est-ce un morceau original? Non, pas vraiment. Thin Ice fait une nouvelle fois la part belle au funk, ce n'est pas l'usage récurrent de la wah-wah qui va me contredire. Un bon titre, bien construit, qui laisse deviner quelles sont les influences de Kravitz.
Don't go and put a bullet in your head laisse apparaître des influences rhythm'n'blues pas désagréables. Original, pour une fois. In my life today appelle plus ou moins les mêmes commentaires que Circus, j'adore les chœurs à la fin du morceau. Des émotions à la pelle,mais rien à voir avec les niaiseries refourguées par la Star Academy pendant des années.

En fait, sur ces 11 morceaux, deux me gênent: God is love et The resurrection. Pas qu'ils soient mauvais, pas à cause de leur message religieux. Je trouve que Kravitz a voulu faire une suite à Believe, un morceau génial que l'on trouvait sur Are you gonna go my way. Mais les morceaux s'intègrent mal à l'ensemble. Ces morceaux arrivent à faire perdre à eux seuls pas mal d'intensité, alors que cet album en dégageait à foison. Dommage.

Il était à peu près certain que Kravitz n'arriverait pas à égaler la qualité de Are you gonna go my way. Pour autant, cet opus vaut largement son pesant d'or. 2 tubes incontournables et 7 morceaux qui auraient pu le devenir, il y a bien pire comme constat. Le problème viendrait plutôt du fait que Kravitz commençait à être perçu comme un has-been. Comme je l'expliquais ci-dessus, les racines de sa musique sont plutôt anciennes. Ce n'est pas pour autant que sa musique soit démodée, bien au contraire.
A mon sens, Lenny Kravitz est l'un des meilleurs guitaristes de sa génération et l'un des artistes rock les plus inspirés des 90's. Je reconnais qu'il n'a pas toujours utilisé son talent à bon escient, mais à mon sens, ce n'est pas sur cet album qu'il faille faire les plus gros reproches, mais plutôt sur les deux suivants, 5 et Lenny.
Replongez-vous dans cet album relativement méconnu de celui que je qualifierais sans hésiter de Jimi Hendrix des 90's. Et tant que vous y êtes, procurez-vous tous ceux qui l'ont précédé.

vendredi 5 mars 2010

Scorpions - Blackout

Scorpions, vous l'aurez également compris, est un de mes groupes favoris. Près de 40 ans de carrière, quelques rares faux-pas, des albums légendaires, des tubes interplanétaires. Des musiciens talentueux, un chanteur reconnaissable entre mille. Voilà, je pense avoir correctement planté le décor pour vous présenter ce Blackout, paru en 1982.

Rien qu'à la pochette, on a compris que les Germains étaient revenus pour tout casser. Il s'en est fallu de peu que Klaus Meine, le chanteur, perde ses cordes vocales. Après plusieurs opérations et semaines de convalescence, celui-ci peut repasser derrière le micro. Ouf, on a eu chaud, on aurait pu avoir Don Dokken à la place...

Le groupe, en cette année 1982, est au pic de sa forme. Tous les titres, je dis bien tous les titres, sont excellents. Plutôt pas mal. Des classiques à perte de vue. On commence avec un Black out qui prouve que le groupe va tout détruire sur son passage, comme le prouve Klaus Meine et ses cris en fin de morceau. On enchaîne sur un premier hit, Can't live without you, avec son refrain mémorable. Excellent. la suite n'est pas mal non plus: No one like you, et son riff d'anthologie, est un des plus grands tubes des Allemands. Un incontournable. Le genre de morceau qui doit être joué à chacun de leurs concerts sous peine de créer une émeute.
La suite est sans doute un peu moins connue que ces deux morceaux de bravoure, mais tout de même, dire qu'ils sont efficaces et inspirés relève d'un doux euphémisme. You give me all I need commence tel une ballade, puis on continue avec un grand riff comme seul la bande à Rudolf Schenker sait les pondre. Now!, Dynamite et Arizona sont de facture plus classique, mais pas moins impressionnants pour autant. Près de 28 ans plus tard, ça le fait toujours grave. Du grand art, ni plus ni moins...
China white innove quelque peu, c'est le morceau le moins calibré pour la radio, de par sa longueur (7 minutes) et son côté oppressant, lourd, qui ne ressemble en rien à du Scorpions typique. Un grand riff, bien lourd, que n'aurait pas renié Black Sabbath, la voix de Klaus Meine apporte un côté épique pas désagréable. Un morceau qui a peut-être moins marqué les esprits, alors qu'il ne dépareille pas par rapport à certains des chefs d'œuvre conçus par Iron Maiden ou Judas Priest à la même époque.
Scorpions a toujours glissé dans ses albums au moins une ballade, et ce sera cette fois-ci When the smoke is going down. Un morceau brillant, de toute beauté. Scorpions a toujours été le roi du slow qui tue, et ce titre ne déroge pas à la règle. Si tous les groupes qui se plient à cet exercice pouvaient être aussi bons que Scorpions, je ne m'en plaindrais pas...

En ce début de décennie, Scorpions est LE groupe du moment, qui a su conquérir le public sans ramollir son propos. Une véritable prouesse, s'il en est. Produit par leur mentor Dieter Dierks, ce bijou est toujours à la hauteur en termes de production et on ne devine absolument pas que ce grand cru date de 1982. Tous les musiciens sont au top, et j'aimerais également souligner, outre la performance des guitares, le rythme infernal qu'apporte le batteur Herman Rarebell.

Et dire que ce n'est pas fini... Love at first sting et Savage amusement vont, une fois de plus, enfoncer le clou. Les 80's auront vraiment été une décennie magnifique pour les Allemands qui vont cumuler succès critique et commercial.

jeudi 4 mars 2010

Kraftwerk - Trans-Europe Express

1977: une année cruciale pour la musique. Alors qu'en Angleterre, des fous furieux qui se prétendent punks veulent tout exploser sur leur passage, en Allemagne, un petit groupe de Düsseldorf s'apprête à établir les standards de la musique électronique, inspirant au passage tous les plus grands groupes de la décennie suivante. Ce groupe, que j'avais évoqué il y a quelques temps sur ce blog, c'est Kraftwerk. Autobahn, paru en 1974, était certes novateur mais quelque peu répétitif. Ce Trans-Europe Express, sorti en 1977, va proposer une musique bien plus innovante et efficace, un travail qui est considéré encore par beaucoup comme leur meilleur opus.

Les membres de Kraftwerk se sont toujours sentis très éloignés du mouvement punk: c'est entre autres pourquoi ils ont décidé s'afficher sur la pochette en costard cravate et propres sur eux. Ah, cette rigueur allemande! Mais ce travail permanent va leur permettre d'accoucher de leur meilleur album.
On commence avec un Europe Endless qui donne tout de suite le ton: l'originalité est de rigueur. Les claviers se veulent plus inventifs que jamais. Bien sûr, le tout peut sembler daté, mais c'est ce côté suranné qui donne du charme à cet album. Certaines des sonorités se retrouvent quelques années plus tard sur des albums comme Speak and spell de Depeche Mode. Les paroles désenchantées de Florian Schneider laissent deviner un sérieux scepticisme quant à l'avenir de l'Europe en tant qu'institution. Là aussi, Kraftwerk serait-il un groupe visionnaire? A méditer...
On continue avec un Hall of mirrors, lent, lourd, sentencieux, à la froideur et à la rigueur toute germanique. Encore une réflexion sur l'Homme et son image. Showroom dummies aurait pu facilement passer à la radio, ces quelques notes de synthétiseur avaient largement de quoi attirer l'attention du grand public. Des idiots en vitrine? Certaines personnes sont superficielles à un point que cela en devient ridicule. En tous cas, la mélodie et la sonorité de ce titre ne seront pas oubliés par les groupes de new wave des 80's.
Nous arrivons sur la partie la plus intéressante de l'album: Trans-Europe Express couplé à Metal on metal. Le thème du train qui traverse l'Europe (Paris, Düsseldorf et Vienne sont cités). Düsseldorf seraient d'après l'étape idéale pour rencontrer Iggy Pop et David Bowie. Ce dernier avait sorti en 1976 Station to station (de gares en gares) qui a amplement influencé Ralf Hütter et Florian Schneider et leur a donné l'idée du thème de l'album. Ce Trans-Europe Express va influencer à son tour Bowie qui rendra hommage à Schneider sur son album Heroes. On passe directement de TEE à Metal on metal sans coupure nette; Metal on metal reprend le thème principal de TEE et on y entend Karl Bartos imposer ses percussions qui donnent véritablement l'impression d'être sur une voie de chemin de fer.
Les deux derniers titres, Franz Schubert et Endless endless reprennent le premier thème employé dans Europe endless et y rajoutent quelques variations supplémentaires. Sympathiques, mais pas en mesure de concurrencer Showroom Dummies, Trans Europe-Express et Metal on metal.

Kraftwerk laisse en 1977 exploser son talent à la face du monde. Inutile de dire que cet album est considéré comme une référence ultime par tous ceux qui se prétendent fans de musique électronique. Tous ceux qui ont fait de la musique électronique pendant les deux décennies suivantes ont été influencés par cet album: ceux qui prétendent le contraire sont des fieffés menteurs. Après Autobahn, Trans-Europe Express est le deuxième coup de maître de Kraftwerk. Histoire de mettre tout le monde à genoux, les Allemands vont sortir d'autres pépites, tels The man machine et Computer world. La musique électronique en tant que style vient de trouver ses premières références et il sera difficile par la suite de faire aussi bien que ces précurseurs.

mercredi 3 mars 2010

Whitesnake - Slide it in

Whitesnake a toujours été perçu comme étant le meilleur groupe qui ait émergé de la dissolution de Deep Purple en 1976. Il faut dire que plusieurs membres de ce derniers ont continué à collaborer au sein du Serpent Blanc: le leader du groupe n'est autre que le chanteur David Coverdale, le claviériste Jon Lord et le batteur Ian Paice y ont continué leurs carrières. En 1984, année où est sorti ce Slide it in, le big rock est à l'honneur. Des groupes comme Van Halen sont à leur apogée. Le rock teinté de blues des premiers albums de Whitesnake ne satisfait plus son leader. Afin d'assurer la pérennité de son groupe, Coverdale décide de l'orienter vers des voies plus commerciales, tout en ne reniant pas son passé. La première mission de Slide it in sera d'assurer une transition en douceur.

Le groupe, outre Coverdale et Lord, n'est composé que de musiciens aguerris. On y retrouve les fidèles Micky Moody et Mel Galley aux guitares, le vétéran Cozy Powell à la batterie et Colin Hodgkinson à la basse. Pas les musiciens les moins doués du marché! Des professionnels qui sauront s'adapter à la nouvelle orientation de Coverdale.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça marche du feu de dieu. On retrouve un hard rock certes conventionnel, mais extrêmement pêchu, le mimétisme avec le Van Halen période Sammy hagar est flagrant. Les gros riffs rock sont là, tout comme la voix caractéristique de Coverdale, toute en puissance. Les claviers typés 80's sont également présents, même si ce n'est pas toujours de très bon goût. Je pense à un titre comme Gambler qui laisse plus que d'habitude Jon Lord s'exprimer: le tout sonne incroyablement daté.
Quant aux autres morceaux, impossible de retrouver à redire: c'est particulièrement bien fait, ça donne envie de taper du pied et c'est bien produit. Du travail d'orfèvre, calibré pour cartonner dans des stades. Guilty of love, All or nothing, Hungry for Love, Slow an'easy ont clairement été conçus pour plaire aux fans de hard rock de l'époque, mais les anciens fans de Deep Purple et des premiers albums du Serpent Blanc peuvent s'y retrouver. La coupure est nette, mais malgré tout, l'aspect bluesy, surtout au niveau des guitares, demeure toujours présent. Bref, prise de risques minimum pour David Coverdale et sa bande.

Un grand album pour Whitesnake en 1984, comme d'habitude. Le changement d'orientation musicale s'est fait en douceur et Slide it in a connu un succès énorme, ce qui n'est pas démérité. Le groupe pouvait envisager l'avenir avec sérénité, et ce n'est pas avec les albums suivants comme 1987 et Slip of the tongue que Coverdale & Co allait se vautrer. Le début d'une grande série qui allait faire oublier la période bluesy du groupe, ce qui est dommage car des albums comme Ready an'willing, ou Saints and sinners sont franchement intéressants. Je ne peux que vous inciter à redécouvrir ces trésors oubliés qui vous feront penser aux grandes heures de Led Zeppelin ou Deep Purple.