
Encore un album de Uriah Heep! Oui, ce groupe génial a eu une histoire tellement mouvementée, des line-ups tellement instables, qu'il est vraiment intéressant d'en étudier toutes les facettes. Cette fois, on va se pencher non pas sur la période Peter Goalby ou sur celle, plus mythique, où David Byron officiait en tant que vocaliste.
Firefly, publié en 1977, était le premier album enregistré avec le chanteur John Lawton, un illustre inconnu, du moins à l'époque.Et pour une première, il faut bien reconnaître qu'il a fait plus que bien assurer.
Imaginez donc remplacer un chanteur brillant dans un groupe au faîte de sa gloire, être en concurrence pour remplacer ledit chanteur par des professionnels confirmés tels David Coverdale, entre autres. Fallait avoir une sacrée paire de cojones pour ne pas être mort de trouille.Et John Lawton l'a fait, sans sourciller. Et bien en plus, car on ne devine pas à l'écoute de Firefly qu'il faisait ses premiers pas en tant que frontman du Heep.
Du point de la musique: on reste en terrain connu, ce n'est pas là que se trouve les nouveautés. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit de redite, mais on a bien du mal à trouver des éléments qui prendraient l'auditeur par surprise. Ceci étant, des titres comme Been away too long, Wise man, The hanging man ou Do you know sont de fort bonne facture. Normal, on est habitué et on n'en attendait pas moins de Mick Box et de sa bande. Difficile effectivement de retrouver à redire: tous les éléments qui ont fait la gloire du groupe sont là. Le chant de Lawton, certes moins épique que celui de son prédécesseur, ne souffre d'aucun reproche, le talent de songwriter de Ken Hensley est intact, le guitariste Mick Box assure grave (réécoutez le solo de Been away too long, vous me comprendrez), la production, aux petits oignons, n'a pas trop non plus subi les outrages du temps.
Bon, on peut chipoter sur quelques titres un plus faibles: Who needs me, signé par le batteur Lee Kerslake (futur Ozzy Osbourne) souffre sans doute de succéder au génial Been away too long, Rollin' on et Sympathy ne sont pas mal mais restent foncièrement dispensables. Le bouquet final, Firefly, ne démérite pas non plus, mais il a par moments du mal à décoller. Rien de mauvais là-dedans, beaucoup de groupes moyens s'en seraient contentés, mais là, il manque un je-ne-sais-quoi qui fait toute la différence avec des titres comme The magician's birthday ou Salisbury, pour ne citer que ces deux titres-là.
Sans atteindre les sommets, Firefly n'en demeure pas moins un bon album, interprété par des musiciens doués et compétents qui n'ont plus grand chose à prouver, si ce n'est qu'ils pouvaient continuer avec un autre chanteur que David Byron. Beaucoup d'observateurs en ont été pour leurs frais, car John Lawton délivre ici une prestation de premier choix. Un bon chanteur sur lequel il fallait compter, d'autant plus qu'il était nettement moins problématique à gérer que Byron et ses soucis d'alcoolisme. Le seul reproche qu'on puisse faire, c'est éventuellement un manque d'innovation, mais cela est largement insuffisant pour faire baisser la qualité intrinsèque de ce disque.
Malheureusement, la qualité ne sera plus forcément au rendez-vous pendant un moment, en raison des changements incessants de personnels et des traditionnelles frictions et divergences musicales. C'est pourquoi il convient de profiter d'un disque où l'on sent que ses géniteurs ont pris du plaisir à l'écrire.


