
Après les succès de Are you gonna go my way et de Circus, il était indéniable que Lenny Kravitz était l'un des artistes les plus en vogue du moment. Inutile de préciser que l'album à venir était attendu au tournant. La question que l'on pouvait légitimement se poser était la suivante: allait-il sortir un disque dans la même veine que ses prédécesseurs ou allait-il nous surprendre? 5, nommé ainsi car il s'agissait du cinquième album de l'Américain, a effectivement réussi à surprendre son public. Retour en 1998.
Là où pensait que Kravitz allait poursuivre dans une veine rock à la Jimi Hendrix, on trouve plutôt des ambiances funk. Et dans ce domaine (comme dans tout autre style musical, me direz-vous), il y a à boire et à manger. Là encore, Kravitz s'est inspiré, tant qu'à faire, des meilleurs. Live, le titre d'introduction, donne le ton: c'est du funk, avec des riffs de guitare et de basse très inspiré par ce courant musical, et on retrouve même des cuivres, utilisés avec intelligence. Le schéma de ce morceau, on le retrouve à plusieurs reprises sur cet album dans différents morceaux, avec autant de bonheur: je pense notamment à Supersoulfighter, à It's your life ou à l'instrumental de haute volée, Straight cold player. Sur ce dernier, la guitare n'est là que pour l'ambiance, ce sont clairement la basse et les cuivres qui prennent leurs aises.
Comme d'habitude, Kravitz a su nous pondre des tubes dont lui seul a le secret: le sympathique Black velveteen, la ballade If you can't say no (je me rappelle que Kravitz avait à l'époque joué sur ce morceau sur le plateau de Nulle part ailleurs, dont l'émission couvrait le Festival de Cannes). Kravitz m'avait bluffé car celui-ci, qui jouait du synthé, est passé sans coup férir à la guitare avec la même maestria. Balèze! Bien entendu, la postérité a retenu le splendide I belong to you (Kravitz a du en conquérir des filles avec ce titre) et surtout Fly away, magnifique, avec un riff très inspiré et diablement efficace. Le genre de morceau que vous écoutez une fois le matin et qui ne vous quitte plus pendant la journée.
Le reste, ce sont des titres calmes à mid-tempo, qui ont moins marqué les esprits, certains à juste titre, comme Can't we find a reason, Take time ou Thinking of you, pour d'autres c'est moins évident, tels les sympathiques You're my flavor ou Little girl's eyes.
Cet album n'a toutefois pas su captiver les critiques, Kravitz se prenant cette fois-ci une volée de bois vert. Pas grave, le public a suivi et c'est plutôt mérité. Je pense que 5 est sans doute un cran au-dessous de ses deux géniaux prédécesseurs, principalement à cause de titres comme Take time, mais le reste est franchement intéressant. Evidemment, si on s'attendait à retrouver ce qui faisait le charme des deux albums précédents, on est loin du compte. Mais un artiste comme Kravitz est obligé d'évoluer sous risque de lasser rapidement.
Kravitz a annoncé à maintes reprises qu'il avait l'intention de sortir un album de funk. Pour moi, il a déjà accompli la moitié de cette tâche, avec brio de surcroît. 5 reste un bon album, plus qu'honnête, et il mérite plusieurs écoutes attentives pour pouvoir être apprivoisé.


